Apremont : deux terroirs, une histoire façonnée par les Alpes
Par Pierre Viallet, vigneron à Apremont
Derrière les vignes d'Apremont se cachent deux sols qui n'ont pas la même histoire. Pierre Viallet nous emmène dans ses parcelles pour expliquer ce que ça change, pour la vigne comme pour le vin.
Derrière les paysages des vignes d'Apremont se cache une histoire géologique que je trouve passionnante. Entre l'héritage des glaciers et l'éboulement du mont Granier, deux terroirs se côtoient sous un même nom, et ils ne font pas réagir la vigne de la même façon.
Sur les coteaux d'Apremont, comprendre le vin commence par regarder le paysage. Les reliefs, les roches, l'épaisseur de terre racontent l'histoire des lieux. C'est ce que j'aimerais vous montrer, comme je le ferais en marchant dans les rangs.
Sur les coteaux, l'empreinte des glaciers
Le premier terroir est une ancienne moraine glaciaire : les matériaux que les glaciers ont laissés derrière eux en se retirant.
Sur ce coteau, la roche calcaire est friable, recouverte d'une couche de terre dont l'épaisseur change selon l'endroit. Plus on monte dans la pente, plus la roche affleure. Plus bas, la terre offre davantage de profondeur à la vigne.
Cette différence compte. Elle fixe l'espace dans lequel les racines peuvent descendre, et elle explique en grande partie comment les ceps réagissent quand l'eau vient à manquer.
Au pied du Granier, un paysage né de l'éboulement
Face aux coteaux, un autre paysage, marqué par l'éboulement du mont Granier en 1248.
Cet événement a laissé un mélange hétérogène de blocs, de débris calcaires et de matériaux broyés. Le sous-sol qui en résulte n'a rien à voir avec celui du coteau d'origine glaciaire.
C'est la particularité d'Apremont : derrière un même nom, des parcelles dont les sols ne racontent pas la même histoire.
Des différences qui se révèlent face à la sécheresse
Ces contrastes ne sont pas qu'une curiosité de géologue. Ils ont des conséquences très concrètes dans les vignes.
Sur le coteau, j'ai un jeune pied qui montre des signes de souffrance liés au manque d'eau. À cet endroit, le sol est peu profond, et la vigne le paie.
D'après ce que j'observe, les vignes plantées sur les terrains issus de l'éboulement résistent mieux à la sécheresse que celles des secteurs de moraine. La structure du sous-sol et les possibilités d'enracinement font la différence.
Une diversité qui enrichit les vins d'Apremont
Avec un même cépage et un même cadre d'appellation, ces deux terroirs nous donnent des vins différents et complémentaires.
Découvrir Apremont, c'est donc aussi apprendre à regarder sous les rangs de vigne. Derrière chaque parcelle, il y a une profondeur de terre, une roche et une histoire. Une diversité discrète dans le paysage, mais essentielle pour comprendre notre travail et la personnalité de nos vins.









